Peintures Bhil

Avec une population de plusieurs millions d’individus, les Bhils sont l’un des 3 plus grands groupes tribaux de l’Inde. Ils résident principalement dans le Centre Est du pays. La langue bhil est d’origine indo-aryenne et offre beaucoup de proximité avec le gujarati. Organisés en clans et en sous-groupes souvent endogames, ils sont particulièrement présents de part et d’autre de la frontière entre le Gujarat et le Madhya Pradesh, et sont pour la plupart agriculteurs. Les maisons sont simples avec, très souvent, une première pièce pour accueillir des invités, une seconde pour le cercle familial restreint, comprenant un espace pour cuisiner sur le sol, un autre pour dormir, un autre pour le stockage des céréales, et un coin pour les vaches et les chèvres. Les mariages peuvent être d’amour ou arrangés mais la dot, contrairement aux pratiques hindoues, est versée par la famille du futur époux à celle de la mariée.   

    Sur les arbres sacrés, des bracelets, des étoffes offertes                           Sur un charpoi, dans un village, près de Jhabua 
        aux divintés, dans l'espoir d'avoir un enfant.

Bien que maintenant très influencés par l’hindouisme, les Bhils ont de croyances et des rituels spécifiques. Dans les forêts ou à l’entrée des champs, des stèles et des statues témoignent d’une activité intense en hommages aux divinités et aux ancêtres.

 

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‘‘gatlas’’, pierres en hommage aux ancêtres avec offrandes en terracotta, et ‘‘Kutha dev’’, stèle en teck, au cœur de la forêt

Certains lieux sacrés, généralement à l’abri d’un banian, sont particulièrement animés lors des grandes cérémonies annuelles (Diwali, fêtes de la mousson, etc..) et peuvent être dédiés à des divinités différentes ; les offrandes en terracottas (chevaux et poteries) et les sacrifices d’animaux sont très codifiés : des chèvres pour la divinité principale Baabdev, des poules pour Savanmata, ou des coqs et des œufs pour Poliyadev. Ces cérémonies sont souvent l’occasion de boire beaucoup de ‘‘mahua’’ (boisson fermentée issue de la fleur du madhuca latifolia), ou du ‘‘shindy toddy’’ (autre boisson fermenté, issue du dattier).

  

                                                  L'arbre à‘‘mahua’’                                                                           Un verre de "shindy toddy

Certaines cérémonies sont destinées à honorer les animaux. Il s’agit en particulier du festival de ‘‘Gohri’’. Les vaches sont d’abord peintes puis, les hommes du village s’allongent sur le sol et laissent les animaux passer sur leur corps, avant de les conduire sur les lieux de pâture.

 Dans le village de Pithol (Madhya Pradesh)

 D’autres rituels ont lieu à l’intérieur des maisons. Les 2 principaux sont

  • Les ‘‘barradhis’’, à l’occasion des mariages
  • Les ‘‘pithoras’’, principalement destinés à remercier les divinités pour les bonnes récoltes

bhil photo 09_bLe rituel des ‘‘barradhis’’, commence la veille au soir du mariage dans la maison de la future mariée. Dans un premier temps, une jeune fille passe du curcuma sur tout le corps de la future mariée. Commence ensuite la réalisation d’une fresque sur un mur de la maison. Cette fresque est toujours réalisée par une femme pendant que d’autres entonnent des chansons de mariage. Périodiquement, un homme verse du ‘‘mahua’’ dans un petit trou creusé dans le sol, devant la peinture en cours d’exécution. Les pigments sont la poudre de riz pour la couleur blanche et le curcuma pour la couleur brune oranger. Les dessins sont réalisés avec les doigts ou avec un morceau de bambou préalablement mâché. Chaque fresque contient une figure géométrique sacrée dans laquelle sont représentés les futurs époux, le soleil et la lune. Au-dessus de cette fresque doit figurer l’illustration d’un manguier et d’un paon. On retrouve cette double illustration sur la cheville de la plupart des femmes bhils mariées.

 

 

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 "Barradis" dans la maison de Amar Singh, village de Gahausseur (Madya Pradesh)

Les ‘‘pithoras’’, sont eux réalisés uniquement par des hommes. Ce sont les ‘‘lakendras’’. Ils sont toujours accompagnés par des chanteurs : les ‘‘badavas’’. Le mot pithora désigne une divinité. Elle est considérée comme la deuxième divinité dans l’ordre protocolaire, après Baabdev. Elle est perçue comme particulièrement auspicieuse par les Bhils car la légende dit :

‘’un jour dans la forêt, une pierre ne cessait de réclamer qu’on s’occupe d’elle, qu’on lui donne à manger et qu’on la chérisse… un Bhil passa par là et l’invita en sa demeure…immédiatement la pierre se transforma en cheval… et la récolte devint abondante…’’

Et c’est ainsi que les fresques réalisées à l’intérieur des maisons représentent des divinités sous forme de chevaux, avec ou sans cavalier. Les couleurs permettent de les repérer. Cette tradition picturale est partagée avec une autre tribu : les Rathwas. Ils occupent le même territoire que les Bhils. Quelques détails permettent toutefois de les distinguer. Les flancs des chevaux ‘‘rathwas’’ sont généralement remplis de figures géométriques, la composition de la partie centrale de la fresque repose toujours sur l’illustration de 2 tigres, aux pieds desquels ont lieu des sacrifices lors des cérémonies rituelles.

Peinture pithora des Rathwas, village de Kahivala (Madya Pradesh)

Chez les Bhils, la partie centrale de la fresque met en avant les divinités Baabdev et Pithora, chacune étant associé à 2 chevaux de même couleur ; les tigres ne sont pas forcément présents, mais souvent l’illustration d’un éléphant figure en bas de la peinture murale.

Peinture pithora des Bhilss, village de Sandwa (Madya Pradesh)

Chaque divinité a son rôle, sa place. Dans son oeuvre sur toile, le peintre Thanvar Singh du village Buriakoi nous explique que Katiagoda, le personnage représenté en noir sur un cheval noir, accompagné de ses 2 assistants noirs, est chargé d’inviter les autres divinités à une cérémonie rituelle :

  • Baabdev, personnage noir accompagné de 2 chevaux couleur terre,

  • Pithora, personnage bleu accompagné de 2 chevaux couleur terre,

  • Maikigauri, cheval vert à 2 têtes (parce qu’il peut faire qui venir la mousson de tous les côtés),

  • Ranikadjel, épouse de Baabdev permet la réalisation des vœux (après avoir marché sur des braises),

  • Ganesh, le dieu-éléphant hindou (qui fume le narguilé),

  • Mais aussi les chasseurs, les femmes qui reviennent du puits, un mendiant sur un éléphant,

  • Sans oublier les étrangers, même ceux qui ont des grandes oreilles et les unijambistes !

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"Invitation à un rituel", oeuvre de Thanvar Singh

C’est en réalité un travail très codifié. Il laisse peu de place à l’imagination. Seule la dextérité du peintre fait la différence. L’important est l’acte de faire. La réalisation de la peinture est inséparable des chants qui l’accompagnent. Le peintre est un des acteurs du rituel. Il n’est pas un artiste.

Dans les années 80 cependant, certains peintres ont été repérés et soutenus par Jagdish Swaminathan, (un des artistes-peintres-poètes-écrivains les plus influents de la fin du XXe siècle en Inde), Ils ont pour nom Pemma Fatia, Bhuri Bai et Ladoo Bai.

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                    Pemma Fatia                                            Bhuri Bai                                                                Ladoo Bai

Tous trois proviennent de villages proches de Jhabua, à la frontière entre le Madhya Pradesh et le Gujarat. Le peintre Pemma Fatia a préféré y rester. Malheureusement, depuis quelque temps, des problèmes de santé l’empêchent de poursuivre son activité.

Bhuri Bai et Ladoo Bai ont rejoint la ville de Bhopal pour davantage se faire connaître et reconnaître. Chacune s’est libérée des contraintes graphiques de la peinture traditionnelle pour laisser libre cours à son imagination et utiliser de nouvelles techniques. Toutes deux travaillent régulièrement avec le Museum of Tribal Art de Bhopal, dont elles ont assuré une partie des peintures murales.

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Fresque de Ladoo Bai au Museum of tribal Art à Bhopal                                                        Le geste de Bhuri Baï

Leur notoriété respective a vite grandi. Bhuri Bai a fait partie du groupe restreint de peintres vernaculaires indiens invités aux Rencontres Internationales de Santa Fé (USA) en 2015. Chacune de ces peintres a fait ‘‘école’’ dans sa propre famille ou parmi ses proches. Aujourd’hui une vingtaine de peintres bhils exposent leurs travaux lors de différentes expositions en Inde, mais aussi à l’étranger.

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 Bhuri Baï (format toile 100cm x 78 cm)

Subhash Amilyar
(format papier 26 cm x 37cm)

 

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Bhuri Baï (format papier 27 cm x 37 cm)

Sher Singh (format toile 60 cm x 90 cm)

 

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 Kamila Barya (format toile 98 cm x 78 cm

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 Ladoo Baï (format papier 27 cm x 18 cm)  Bhuri Baï (format papier 35 cm x 50 cm)  Ladoo Baï (format papier 27 cm x 18 cm)

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 Bhuri Baï (format toile 75 cm x 30 cm)